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Couvreur : 250 ans d’histoire et de savoir faire

Deux planches anciennes découvertes sur une brocante, près de 250 ans d’histoire et un savoir-faire toujours vivant

Les brocantes estivales réservent parfois de belles surprises. Notre directeur technique Mathieu Pezet y a déniché cet été deux planches anciennes consacrées au métier de couvreur. Une belle trouvaille qui provient d’un ouvrage emblématique, la célèbre Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.

Pour un couvreur passionné par l’histoire de son métier, impossible de passer son chemin. Cette découverte est aussi l’occasion de nous parler de l’évolution de son métier, de la transmission des savoir-faire et de ce qui relie encore les couvreurs d’hier à ceux d’aujourd’hui. Explications.


Mathieu, comment as-tu découvert ces planches ?

Mathieu : Je me promenais sur une brocante cet été lorsque je les ai aperçues sur un stand de vieux papiers. J’ai immédiatement été séduit par ces vieux documents qui ont encore pas mal de choses à nous raconter. Je les ai prises, et de retour chez moi je me suis aperçu que ces planches dont font partie d’un supplément à un ouvrage emblématique, la célèbre l’Encyclopédie de Diderot et Dalembert. Ces planches datent de 1779 et témoignent de l’esprit des Lumières qui voulait tout savoir, tout expliquer, y compris les savoirs techniques comme le métier de couvreur.


Qu’est-ce qui t’a particulièrement intéressé ?

Mathieu : Déjà pour l’ambition placée derrière ces planches. L’Encyclopédie avait une ambition considérable : rassembler et diffuser l’ensemble des connaissances de son époque. On pourrait la comparer, toutes proportions gardées, à une sorte de Wikipédia du XVIIIᵉ siècle, mais entièrement imprimée et illustrée par certaines gravures.

Sciences, philosophie, agriculture, architecture et métiers manuels y étaient étudiés. L’une de ses grandes originalités fut précisément d’accorder une place importante aux arts mécaniques, autrement dit aux gestes, aux outils et aux connaissances des artisans. Le métier de couvreur y apparaît donc comme un véritable savoir technique, digne d’être observé, expliqué et transmis.

Ensuite j’ai trouvé assez drôle de voir que certaines choses n’avaient pas ou que très peu changé, alors que d’autres ont évidemment absolument complètement changé. Mais au delà des changements, on sent une précision et une exigence dans les techniques de couverture qui est pleinement d’actualité. Les planches ne montrent pas uniquement l’apparence extérieure du toit. Elles présentent aussi des coupes, des assemblages et la superposition des matériaux. Ce sont presque des documents de formation technique.


Qu’est-ce qui a le plus changé depuis le XVIIIᵉ siècle ?

Mathieu : En premier lieu, la sécurité ! Les couvreurs représentés travaillent en hauteur avec des équipements qui seraient évidemment inimaginables aujourd’hui.

Les matériaux et notre connaissance du bâtiment ont également progressé. Nous disposons désormais d’écrans de sous-toiture, de membranes, d’isolants, de systèmes de ventilation et de nombreux produits techniques.

Et évidemment l’électricité et la mobilité : nacelles, meuleuses, camionnettes, autant d’outils parfaitement indispensables à l’heure actuelle. Difficile d’imaginer des chantiers sans tout cela ! Ca ne fait que renforcer mon respect et mon admiration pour les savoir faire des artisans de cette époque.


Et qu’est-ce qui n’a pas changé ?

Mathieu : L’eau suit toujours la pente ! Les principes fondamentaux restent les mêmes : observer le bâtiment, comprendre comment l’eau va circuler et choisir des matériaux et une technique adaptée à la toiture et à l’environnement.

Un passage m’a fait sourire à propos de la couverture en chaume :

« Ces sortes de couvertures sont très bonnes pour les maisons des paysans ; elles garantissent leurs logements de l’air chaud ou froid , en sorte qu’elles sont fraîches en été & chaudes en hiver : ces couvertures ont encore l’avantage d’épargner beaucoup sur la dépense de la charpente ; mais elles ne conviennent point dans les fermes , non – seulement parce qu’elles sont exposées à être incendiées, mais encore parce qu’elles sont sujettes à être endommagées par les pigeons & les volailles; de plus, elles servent de réduit aux fouines, aux souris, aux rats, qui cherchent toujours les habitations où il y a du grain & des volailles. »

On y retrouve des préoccupations très actuelles : confort d’été, confort d’hiver, préservation des ressources, confort d’usage, adaptation des matériaux aux enjeux, sécurité incendie, …


Le vocabulaire a-t-il beaucoup changé ?

Mathieu : déjà c’est écrit en vieux français ! Au delà de ça je trouve qu’il y a de la poésie dans le jargon technique des couvreurs de l’époque :

 » Quand la tuile est montée, on doit former l’égout, en posant sur la chanlatte un rang de demi- tuiles, qu’on nomme un sous-doublis , qui doit déborder la chanlatte de quatre pouces. Sur ces demi-tuiles on pose le doublis, qui consiste en un rang de tuiles, qui s’accrochent au cours de lattes qui est immédiatement au – dessus de la chanlatte, & dont le bord doit arraser le sous- doublis fans laisser de pureau ; mais le milieu des tuiles du doublis doit couvrir les joints des demi-tuiles du sous-doublis. »

Certains mots ont traversé les siècles. On retrouve la noue, l’arêtier, la faîtière, l’égout ou encore la chanlatte. Ces termes sont toujours utilisés par les couvreurs. D’autres m’étaient beaucoup moins familiers. Le contre-lattoir était un outil permettant de travailler les lattes. Les planches parlent également de coussinet, d’approche et de contre-approche,  » bécheveter le roseau », des expressions devenues très rares ou dont l’usage a évolué.

Je pensais connaître pas mal de vieux termes grâce à ma formation au compagnonnage, mais ces planches ont tout de même réussi à m’en apprendre quelques-uns !

Elles conservent donc non seulement l’image des gestes, mais aussi la langue du métier. Quand une technique ou un outil disparaît, le mot qui le désignait finit souvent par s’effacer lui aussi


Ta formation auprès des Compagnons influence-t-elle ce regard ?

Mathieu : Oui, forcément. La formation compagnonnique repose sur le geste, l’observation et la transmission.

Elle apprend aussi que le métier ne commence pas avec nous. Les techniques actuelles sont le résultat de générations d’expérience accumulée, d’essais et de perfectionnement.

Ces gravures matérialisent cette continuité. Elles montrent que le couvreur du XVIIIᵉ siècle devait déjà maîtriser la technique, la géométrie, connaître ses matériaux…


Cette culture du patrimoine est-elle utile en dehors des monuments historiques ?

Mathieu : Bien sûr. Une maison n’a pas besoin d’être classée monument historique pour mériter un travail attentif.

Dans les Yvelines, nous intervenons sur toute une diversité de bâtiments : maisons en meulière, demeures anciennes, corps de ferme, châteaux, édifices religieux, mais aussi souvent plus modestement des pavillons récents ou contemporains, voire des bâtiments industriels. Chaque bâtiment possède sa pente, sa charpente, ses matériaux et son histoire constructive, avec des techniques d’intervention à adapter sur mesure. L’échelle et les matériaux changent, mais il faut toujours comprendre les écoulements, les raccords et les points sensibles.

L’expérience des ouvrages patrimoniaux apprend à respecter les détails. Celle des bâtiments industriels apprend à raisonner à grande échelle. Les deux approches se complètent.


Une rencontre entre deux époques

En découvrant ces gravures sur une brocante estivale, Mathieu n’a pas simplement trouvé deux beaux objets anciens. Il a retrouvé, imprimée sur du papier du XVIIIᵉ siècle, une partie de l’histoire de son métier.

Les outils se sont perfectionnés et les matériaux ont évolué. Mais une toiture durable repose toujours sur les mêmes fondations : observer, comprendre, choisir la technique adaptée et respecter le bâtiment.

Cette culture du métier et du respect des savoir faire accompagne Covergy dans ses interventions sur le patrimoine bâti. Car sur une toiture, le travail bien fait commence toujours par la qualité du regard.

Votre toiture possède elle aussi une histoire

Covergy intervient dans les Yvelines et en Île-de-France pour tout diagnostic, entretien, réparation et rénovation de toiture.

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