Canicule & couverture

Retour d’expérience : couvreur sur un toit brûlant

Alors que les Français cherchent l’ombre, les couvreurs continuent, eux, à travailler… plusieurs mètres au-dessus du sol, sur des surfaces qui peuvent dépasser les 60°C en plein soleil. Hydratation, horaires décalés, sécurité, fatigue, coups de chaud : comment vit-on une période de canicule quand son métier consiste justement à travailler sur un toit ? Le point de vue de notre directeur technique Mathieu Pezet :

Quel est l’impact concret d’un épisode de canicule sur le métier de couvreur ?

La première chose, c’est la fatigue physique. Travailler sur un toit, c’est déjà exigeant en temps normal, mais pendant une canicule, tout devient plus dur : les déplacements, le port de charges, la concentration…

Et surtout, la température ressentie n’a rien à voir avec celle annoncée à la météo. Sur certains matériaux comme le zinc, l’ardoise ou certaines tuiles foncées, on peut avoir des surfaces brûlantes. On sent parfois la chaleur traverser les semelles !

Y a-t-il des seuils ou des règles particulières en cas de fortes chaleurs ?

Oui. En tant qu’employeur on a une obligation de protection des salariés. Cela passe notamment par l’adaptation des horaires, des pauses plus fréquentes, un accès permanent à l’eau fraîche, une vigilance renforcée sur les signes de déshydratation ou de coup de chaleur.

Dans les faits, comme dans beaucoup d’entreprises du bâtiment, on commence plus tôt le matin pendant les épisodes de canicule, parfois dès 6h ou 7h, avec des journées écourtées. C’est aussi du bon sens : si les conditions deviennent trop dures à supporter, les travaux peuvent être reportés.

Tu as déjà vécu de gros épisodes de canicule sur chantier ?

Oui, plusieurs, celles de 2019 ou 2022 ont été très marquantes. Je me souviens surtout de la sensation de chaleur permanente. Même le matin très tôt, les matériaux étaient déjà chauds. Et sur les toits, il y a très peu de zones d’ombre. Le plus difficile, ce n’est pas seulement la température : c’est l’accumulation sur plusieurs jours.

Tes pires souvenirs de chantier côté température ?

Il y a eu un chantier sur zinc où le métal était presque impossible à toucher à mains nues en plein après-midi.

Un autre sur un bâtiment historique où le chantier était sous une bâche de protection. Idéal pour protéger des intempéries mais pas de la température…

Et paradoxalement, certains des pires souvenirs sont aussi liés au froid extrême : travailler avec les doigts gelés, sur des surfaces glissantes, avec du vent… c’est une autre forme d’épreuve.

Pour travailler, tu préfères la canicule ou le gel intense ?

Franchement ? Aucun des deux 🙂

Mais entre les deux, beaucoup de couvreurs diront qu’on peut encore s’adapter au froid avec de bonnes couches de vêtements. La chaleur extrême, elle, épuise beaucoup plus vite. Le vrai danger avec la canicule, c’est qu’on peut se sentir “encore capable”, alors que le corps commence déjà à fatiguer sérieusement.

On entend beaucoup parler du décret de 2025 sur le travail en période de fortes chaleurs. Est-ce que ça change réellement la vie sur les chantiers ?

Oui et non. Dans le bâtiment, beaucoup de bonnes pratiques existaient déjà : commencer plus tôt, multiplier les pauses, s’hydrater régulièrement et être attentif aux signes de fatigue.

Ce que ce décret change surtout, c’est qu’il formalise et renforce ces mesures. Il donne un cadre plus clair aux entreprises et rappelle que la sécurité doit toujours primer sur le respect du planning.

Pour nous, le fond du sujet reste le même : quand les conditions deviennent dangereuses, la priorité n’est plus le planning à tout prix du chantier, c’est la sécurité des équipes.

Avec les étés qui deviennent de plus en plus chauds, quels conseils donnerais-tu aux propriétaires pour garder leur maison plus fraîche ?

On pense souvent à la climatisation, mais la première protection contre la chaleur, c’est l’enveloppe du bâtiment, et notamment la toiture.

Une toiture mal isolée laisse entrer une grande partie de la chaleur accumulée pendant la journée. À l’inverse, une isolation performante permet de conserver une température plus agréable à l’intérieur et de limiter le recours à la climatisation.

Les fenêtres de toit ont aussi leur importance. Des Velux anciens ou équipés de vitrages peu performants peuvent laisser entrer beaucoup de chaleur. Aujourd’hui, il existe des vitrages plus efficaces et des protections extérieures qui améliorent nettement le confort d’été.

Je conseille également de vérifier régulièrement l’état de sa toiture. Une couverture bien entretenue, correctement ventilée et bien isolée contribue directement au confort de la maison, aussi bien en hiver qu’en période de canicule.

Avec le changement climatique, le confort d’été devient un critère aussi important que les économies de chauffage.